Niger : Gérer la crise alimentaire

04.04.2012 [ Communiqué de presse ]

Le Niger se trouve actuellement confronté à une crise alimentaire aigüe, devenue récurrente. Les effets du changement climatique et la dégradation de l'écosystème ont fait baisser le rendement des cultures, alors que la population continue de croître (3,3 % par an)...

La campagne agricole 2011/2012 s’est achevée par un déficit céréalier d’environ 520.000 tonnes soit 14% des besoins. Le bilan fourrager est déficitaire d’environ 10.000.000 tonnes de matières sèches. Toutes les régions du pays sont déficitaires à des degrés différents, toutefois les régions de Tillabéry, Tahoua, Diffa et Niamey sont les plus fortement touchées.

En Octobre 2011 la réunion du Comité National de Prévention et de Gestion des Crises Alimentaires (CNPGCA) a identifié 228 zones et communes vulnérables avec environ 7.000 localités où vivent environ à 6.000.000 d’habitants1. Le ciblage des personnes vulnérables vivant dans ces zones a été affiné par l’Enquête de Vulnérabilité à l’Insécurité Alimentaire des Ménages (EVIAM)2 du Système d’Alerte Précoce (SAP).

Selon les premières conclusions 5.458.871 personnes sont en insécurité alimentaire soit 34,9% de la population du Niger dont 1.324.435 en insécurité sévère3 et 4.134.436 personnes en insécurité modérée4. De plus, 3.622.956 personnes vivent dans une situation jugée à risque c'est-à-dire pouvant basculer en insécurité alimentaire.

Selon le Comité Permanent inter états de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS), les perspectives alimentaires dans les prochains mois dépendront essentiellement sur (i) le plan alimentaire :

  • Du fonctionnement des marchés nationaux et régionaux : la pression de la demande (achats institutionnels), la hausse des prix des céréales, sachant que la présente campagne de commercialisation a démarré (octobre 2011) avec des niveaux de prix des céréales sèches très élevés ;
  • Des difficultés d’approvisionnement en céréales (situation au Nigéria) : Les flux des céréales en provenance des marchés transfrontaliers sont au ralenti notamment ceux provenant des marchés du nord-Nigeria. Cette situation est liée à la crise sociale récente au Nigeria.

Et sur (ii) sur le plan pastoral de :

  • La réduction des pâturages et points d’eau ;
  • Des mouvements intenses des animaux et leur concentration dans certaines zones ;
  • Des risques de conflit ;
  • De la baisse du prix du bétail et dégradation des termes de l’échange bouc/céréales ;
  • De la diminution des transferts monétaires issus des migrants (Libye, Nigéria) et de la pression sur les stocks disponibles.

Plan de soutien préliminaire
Le Gouvernement du Niger a élaboré et exécuté avec ses partenaires une première réponse d’urgence : le plan de soutien préliminaire. Les interventions ont couvert la période décembre-février 2012. Durant ces trois (3) premiers mois, le plan de soutien s’est focalisé sur les zones de priorité 1 et des actions d’assistance en faveur des ménages en insécurité alimentaire sévère6.
Les mesures d’assistance ont été intégrées et complémentaires entre elles (sécurité alimentaire, santé, nutrition, alimentation scolaire, genre…).
Les types d’actions mis en oeuvre ont été modulés en fonction du type et de l’ampleur des difficultés dans les zones concernées (problèmes de disponibilité, d’accessibilité, nutritionnels, ou spécifiques au mode de vie pastoral).
Ce plan, d’un coût de 37.916.150.000 FCFA, est aujourd’hui exécuté à 65%. Les activités restantes sont en cours de mise en oeuvre sur le terrain.
Suite à la publication des premières conclusions de l’EVIAM le 13 janvier dernier, le Gouvernement a élaboré et publié une première version du plan de soutien définitif. Il couvre une période totale de huit (8) mois, de février à septembre 2012 subdivisée en deux (2) phases de quatre (4) mois (phase 1 février – mai et phase 2 juin – septembre). La première phase répond aux besoins de 1.578.024 personnes en insécurité alimentaire sévère et 3.386.662 personnes en insécurité alimentaire modéré.
Les appuis du PNUD dans le cadre la prévention et gestion des la crise alimentaires portent sur l’appui à la mise en oeuvre du Plan National de Soutien à travers le Plan d’Actions Humanitaire. Ils sont actuellement articulés autour de 5 axes :

  • L’appui au Dispositif National de Prévention et de Gestion des Crises alimentaires (DNGPCA) pour (i) l’évaluation de la vulnérabilité à l’insécurité alimentaire des ménages sur l’ensemble du territoire et (ii) guider sur cette base le ciblage du Plan de Soutien et la Réponse Humanitaire ;
  • Le renforcement des capacités du DNGPCA pour le suivi-évaluation de la situation alimentaire du Niger au niveau local et national à travers (i) l’équipement informatique de ses comités départementaux; (ii) la formation de leurs personnels à l’utilisation des équipements et méthodes d’enquête sur la sécurité alimentaire ; et (iii) La mise en place d’une base de données nationale pour le suivi de la vulnérabilité alimentaire ;
  • Un Partenariat avec le FENU pour contribuer à la mise en place du volet sécurité alimentaire du Plan de Soutien dans la région de Maradi qui est la plus peuplée du Niger ;
  • La coordination du Groupe de Travail des Partenaires Nationaux et Internationaux sur le relèvement précoce s’assurer que tandis que les actions de sauvegarde de vies sont déployés sur le terrain, la préparation pour un retour rapide des populations affectées à une vie normale est assurée ; et
  •  L’opportunité de la révision de la Stratégie de Développement Niger pour soutenir les acteurs nationaux dans la mise en place d’une stratégie de développement qui permet d’évoluer d’une réaction à des crises récurrentes qui retardent le progrès social et économique du pays à la formulation d’une réponse adaptée aux contraintes structurelles de développement.

Au plan institutionnel les appuis 2012 pour environ 900 000 dollars US ont pour objectif de continuer le renforcement des capacités des institutions nationales et locales à prévenir et à gérer les crises et catastrophes à travers : i) la prévention et la gestion des crises alimentaires et catastrophes; ii) le relèvement des zones des affectées par les catastrophes naturelles; iii) le renforcement des capacités institutionnelles en charge de la prévention et de la gestion des crises et catastrophes.
Le PNUD a déjà été sollicité pour boucler le montage financier de l’enquête de vulnérabilité à l’insécurité alimentaire des ménages 2012. Cette contribution s’est élevée à 27.500.000 francs CFA (soit environ 57.000 dollars US) faisant du PNUD le deuxième contributeur après l’Union Européenne. Les enquêtes de vulnérabilité des ménages à la crise alimentaires ont pour objectif d’évaluer la vulnérabilité alimentaire des ménages sur l’ensemble du territoire et de dégager les perspectives alimentaires des prochains mois. L’ensemble de la réponse humanitaire est calée sur ses conclusions.
S’agissant de la Stratégie de Développement du Niger et la Prévention des crises, le caractère récurrent des crises alimentaires au Niger conforte la nécessité d’évoluer de réponses aux urgences vers un renforcement des capacités nationales et locales pour la formulation d’une réponse adaptée à des contraintes structurelles de développement. Le Niger a engagé au cours de 2011, le processus d’élaboration d’une nouvelle stratégie de sécurité alimentaire dont l’Initiative «3N» du Président de la République, « Les Nigériens Nourrissent les Nigériens.» devrait en constituer le programme prioritaire à l’horizon 2015. Le défi à relever est le passage d’une culture de réaction aux crises qui retardent le progrès social et économique du pays, à une capacité de prévention et de gestion de ces évènements.
Le PNUD au travers du Cadre d’Accélération des OMD (MAF) déjà adopté par le gouvernement, et des soutiens à la relance de la fonction planification, apportera une assistance technique aux acteurs nationaux dans la mise à jour et la mise en oeuvre de la Stratégie Nationale de Développement pour :

  • Les analyses approfondies des causes des crises alimentaires et des catastrophes récurrentes et des recommandations pour adresser les causes structurelles de la vulnérabilité des populations nigériennes;
  •  La prise en compte des recommandations structurelles pour réduire significativement la vulnérabilité alimentaire des populations nigériennes dans la Stratégie Nationale de Développement du Niger ;
  • L’actualisation des stratégies sectorielles de développement intégrant les risques et les impacts des crises et la mise en place de programmes de développement intégrant la réduction de la vulnérabilité des populations - La préparation de l’Étude Nationale Prospective à long-terme intégrant la prévention et la gestion des crises.

Au plan opérationnel en 2012, l’UNCDF en partenariat avec le PNUD appuiera les activités concourant à la sécurité alimentaire, au niveau des huit (8) communes du Département de Mayahi, à travers le Programme d’Appui au Développement Économique de Mayahi pour un montant de 670 626 USD. Cet appui s’inscrit dans le cadre de la mise en oeuvre de la « Stratégie Départementale de Sécurité Alimentaire » élaborée en 2011.