Initiative accélérée pour l'atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en afrique

27.01.2009

Note de situation sur la conduite du processus au Niger

I. Genèse de l'initiative

Il ressort de l'évaluation à mi-parcours réalisée en 2007 par l'ONU que l'Afrique n'est pas en voie d'atteindre les à l'horizon 2015, sous les conditions actuelles d'évolution. Face à cette situation, les hauts responsables du système multilatéral de développement en Afrique, notamment de l'ONU, la BAD, la Commission de l'Union africaine, la Commission européenne, le FMI, la BID, la Banque mondiale et l'OCDE, se sont réunis le 14 septembre 2007 pour créer le Groupe de pilotage pour la réalisation des OMD en Afrique (MDG Africa Steering Group). À travers ce groupe, les dirigeants envisagent de coordonner leur action et de redoubler d'efforts pour contribuer à la réalisation des OMD en Afrique.

A cet effet, le Groupe s'emploiera principalement i) à renforcer les mécanismes internationaux de mise en œuvre dans cinq domaines, à savoir la santé, l'enseignement, l'agriculture et la sécurité alimentaire, les infrastructures et les systèmes de statistique; ii) à rendre l'aide publique au développement plus prévisible; iii) à améliorer la coordination au niveau du pays. Le Groupe de Pilotage est appuyé par un Groupe de travail (MDG Africa Working Group) qui devra établir un dialogue avec les gouvernements africains, élaborer des plans d'action pour la réalisation des objectifs du Groupe de pilotage, mobiliser et coordonner l'action des institutions y représentées et faire périodiquement le point de la situation. Dix pays pilotes ont été retenus en Afrique pour la mise en œuvre de l'initiative, à savoir le Bénin, la République Centrafricaine, le Ghana, le Libéria, le Niger, le Rwanda, la Sierra Léone, la Tanzanie, le Togo et la Zambie.

Le 10 Mars 2008, une réunion de haut niveau du Groupe de Pilotage s'est tenue pour valider les travaux sectoriels et les scénarios Gleneagles pour les OMD au niveau des pays pilotes. Le groupe a aussi conclu à la nécessité d'un accroissement de l'APD et de sa prévisibilité et a adopté un calendrier/programme détaillé des partenaires pour le déboursement de l'APD.

Au niveau des pays éligibles, il s'agira de (i) identifier les projets/programmes pour l'atteinte des OMD qui ne bénéficient pas d'un financement adéquat, (ii) identifier les programmes qui peuvent être mis en œuvre avec un financement externe/interne supplémentaire prenant en considération les contraintes de politiques et de capacités, et (ii) analyser les conséquences macroéconomiques de la mise a l'échelle des dépenses publiques.

II. Travaux conduits au Niger

2.1. Organisation mise en place 

Après avoir saisi officiellement le Premier Ministre en janvier 2008 sur l'éligibilité du Niger comme pays pilote au titre de l'initiative, le PNUD a engagé des concertations avec le SP/SRP avec lequel il a défini une feuille de route pour la conduite du processus. En février 2008, le Représentant Résident du PNUD au Niger et celui de la Banque mondiale ont été reçus par le Ministre de l'Economie et des Finances (MEF) qui leur a affirmé l'engagement de son département à assurer le leadership du processus. Il a à cet effet désigné le Commissaire Chargé du Développement (CCD) comme point focal du processus et l'instruit pour constituer une équipe à cette fin.

Par la suite, le PNUD a produit une note qui fait le point sur les travaux à effectuer pour rendre opérationnelle la SDRP 2008-2012 du Niger et rendre effective l'Initiative accélérée pour l'atteinte des OMD.

Afin d'appuyer la conduite du processus au Niger, une mission du PNUD (siège) a séjourné à Niamey du 31 mars au 06 avril 2008, pour faciliter les travaux d'alimentation de la matrice et échanger avec les différentes parties prenantes. La mission a rencontré le Ministre-Directeur de Cabinet du Premier Ministre, ainsi que la Mission Résidente de la Banque mondiale. Avec le Directeur de Cabinet du Premier Ministre, la mission a insisté sur la nécessité d'une appropriation nationale du processus avec l'affirmation d'un leadership au niveau politique. A son tour, le Directeur de Cabinet du Premier Ministre a informé la délégation sur la démarche entreprise par le Premier Ministre aux fins de la réussite du processus. En outre, le Directeur de Cabinet du Premier Ministre a informé le PNUD que le Ministre d'Etat chargé de l'Intérieur a adressé une requête à l'Ambassade du Japon pour le financement des villages du millénaire en prélude à la TICAD IV, conformément à l'initiative du PNUD. Il a, en terminant, réitéré l'engagement de son Cabinet pour la réussite du processus et s'est dit disposé à répondre à toute sollicitation dans ce cadre.

Le 08 mai 2008, le CCD a réuni l'ensemble des acteurs nationaux engagés dans la préparation de l'initiative, en présence des représentants du PNUD, du FMI et de la banque mondiale. A l'issue de la réunion, les participants ont constitué 3 groupes de travail qui devront se pencher respectivement sur (i) l'amélioration du processus de programmation budgétaire (cadrage macro-économique, CDMT, étude prospective à long terme), (ii) la formulation du programme global de renforcement des capacités et (iii) l'opérationnalisation de la SDRP 2008-2012 par l'affinement du plan d'action prioritaire et la réalisation de l'étude sur la stratégie de croissance accélérée.

A date, les travaux ont avancé dans chacun des groupes. Le plan d'action prioritaire de la SDRP est en cours de finalisation après la tenue d'un atelier technique en juillet 2008 à Niamey ; les travaux d'amélioration du modèle de prévision macro-économique viennent d'être engagés,…..

2.2. Renseignement de la matrice Gleneagles

Dans le cadre de l'opérationnalisation au niveau des pays pilotes de l'Initiative accélérée pour l'atteinte des OMD en Afrique, une matrice de collecte, de consolidation et d'analyse des informations a été proposée par le groupe de travail mis en place par le SG de l'ONU pour évaluer les besoins en vue du passage à l'échelle vers l'atteinte des OMD.

Les travaux conduits au Niger ont permis une compréhension partagée de la matrice qui a été renseignée sur la base des données de la Loi des Finances 2007, du Tableau des Opérations Financières de l'Etat (TOFE) 2007 (scénario de base convenu entre le FMI et le Niger) et du scénario OMD du module « Cadre de Dépenses à Moyen Terme (CDMT) » ayant servi à alimenter le Plan d'Action Prioritaire (PAP) de la (SDRP) 2008-2012.

Un mini atelier national de validation du dossier a regroupé le 17 avril 2008 à Niamey   une trentaine de personnes représentant les différentes parties prenantes (y compris Banque mondiale, FMI et UE) pour examiner les hypothèses de travail et les résultats de simulation, ainsi que le contenu de la note d'argumentaire devant accompagner la matrice. Le dossier ainsi validé a été envoyé au siège (PNUD) le 24 avril 2008 .

La matrice renseignée comprend 3 feuilles de calculs qui récapitulent les dépenses, les financements et les résultats associés pour le scénario de base, ainsi que les investissements additionnels qui peuvent être faits si les financements résultant des engagements pris par le Sommet du G8 à Gleneagles sont tenus (augmenter l'Aide Publique au Développement – APD- de US$ 50 milliards d'ici à 2010 ; ce qui correspond pour les pays en Afrique au Sud du Sahara à environ US$ 85 per capita). Les principaux résultats des simulations se présentent comme suit :

  • Au regard de la programmation des dépenses DSRP et non DSRP, il apparaît que l'APD atteindra US$ 38 en 2008 et se stabilisera à US$ 37 en 2009 et 2010. Elle est estimée à US$ 29 par habitant en 2007.

  • Pour atteindre la cible de US$ 85 par habitant en 2010 conformément aux engagements de Gleneagles, l'APD pour le Niger devrait passer (en progression linéaire) respectivement de US$ 378 millions en 2007 à US$ 644 millions en 2008 (soit US$ 48 per capita en 2008), US$ 927 millions en 2009 (soit US$ 66 en 2009) et US$ 1227 millions en 2010 (correspondant à la cible de US$ 85 par tête d'habitant); soit une moyenne annuelle de US$ 794 millions (soit US$ 57 per capita ) sur la période 2007 à 2010.
  • Les besoins de financement additionnels pour assurer le passage à l'échelle pour l'atteinte des OMD (scénario Gleneagles) sont estimés à US$ 123 millions en 2008, US$ 406 millions en 2009 et US$ 691 millions en 2010, soit une moyenne annuelle de US$ 406 millions.
  • Nonobstant l'effort de mobilisation de ressources intérieures, les besoins de financement additionnels comparés aux ressources attendues de l'initiative Gleneagles laissent apparaître un gap de financement de US$ 75 millions en moyenne chaque année. Ceci signifie que l'afflux important de ressources attendu de l'initiative Gleneagles, bien que contribuant de façon notable au passage à l'échelle, reste en deçà des besoins en vue de l'atteinte des OMD au Niger.

Une note explicative reprenant les sources de données et les hypothèses de travail retenues pour le renseignement de la matrice, ainsi que les résultats des simulations et les facteurs limitants de la mise en œuvre de l'initiative a été élaborée.

2.3. Evaluation macro-économique de l'augmentation de l'aide

Le FMI a transmis au Gouvernement nigérien le 16 septembre 2008, la note d'évaluation macro-économique de l'augmentation de l'aide dans le scenario de Gleneagles. Cette note a été présentée le 18 septembre 2008 à la partie nationale (Ministère de l'Economie et des Finances dans ses différents démembrements, Secrétariat permanent de la SRP, ….) par le FMI, en prélude au lancement de la 1 ère revue du programme économique et financier 2008-2011 avec le FMI qui se tient du 16 au 30 septembre 2008. La réunion a connu également la participation des représentants du PNUD et de l'UE.

Les résultats de cette analyse, effectuée à l'aide d'un modèle d'équilibre général, se résument comme suit :

  1. l'augmentation de l'aide aurait un impact considérable sur l'offre globale  : l'accélération de la croissance des facteurs de production entrainera une augmentation de la croissance moyenne du PIB de 1,9 point de pourcentage par an au cours des 10 années suivant 2010 (en tenant compte des effets différés sur le capital humain), ce qui permettra au Niger de relever le revenu réel par habitant de 60% entre 2008 et 2020 (contre une augmentation d'environ 30% dans le scénario de référence) ;
  2. l'afflux massif de fonds influera sur la plupart des principaux agrégats macroéconomiques : l'impact sur l'inflation sera de courte durée (7,5% en 2009-2010, induisant une appréciation réelle de la monnaie de 16% entre 2007 et 2010) ; ces tensions sur les prix intérieurs et le taux de change réel se relâcheraient à moyen terme à mesure que l'offre globale réagirait à l'augmentation de l'aide  ;
  3. la viabilité de la dette pourrait être préservée si le surcroit d'aide est accordé à des conditions favorables (par exemple entièrement sous forme de dons).

En conclusion, il ressort de cette analyse que l'impact de l'augmentation de l'APD dépend dans une large mesure de l'aptitude de l'administration publique à exécuter efficacement les projets qui seraient financés par l'apport supplémentaire des flux d'aide.

III. Etapes récentes du processus

Le draft des scénarios OMD/Gleneagles a été soumis à la réunion des Ministres chargés du Développement et au Sommet du G8 tenus respectivement en juin et juillet 2008 au Japon.

A l'issue du Sommet, l e G8 a confirmé son engagement pris au sommet de Gleneagles (Ecosse) en 2005 d'accroître de 25 milliards $US par an son aide au développement pour l'Afrique d'ici 2010, ce qui constituera un doublement par rapport à son niveau de 2004. Il convient de souligner que moins d'un quart des 25 milliards $U annuels supplémentaires promis par le G8 en 2005 ont effectivement été débloqués.

Les scénarios OMD/Gleneagles ont été présentés au Sommet OMD à New York en septembre 2008 et à la réunion de Doha sur le financement du développement en décembre 2008.

La prochaine étape du processus consistera en un plaidoyer pour une véritable mobilisation des ressources à la hauteur des besoins. A cet égard, le Gouvernement du Niger compte sur les Nations Unies dans la mesure où ses partenaires traditionnels non pu jusqu'ici mobiliser que le tiers des besoins estimés dans la SDRP 2008-2012 qui, faut-il le rappeler, est basée sur la réalisation des OMD.