Visite de M. Holmes, Secrétaire Général adjoint aux Affaires Humanitaires et Coordonnateur des Secours d’Urgence au Niger du 26 au 28 avril 2010

07.05.2010 [ Communiqué de Presse ]

«J'ai pu parler à beaucoup de gens, du gouverneur jusqu' aux habitants des villages. Ce qui est raisonnablement clair, c'est que la situation alimentaire est grave à cause de mauvaises récoltes, mais aussi à cause du manque du fourrage pour les animaux. C'est un double problème. Il y a les populations qui ont faim et qui deviennent de plus en plus faibles. Il y en a même qui meurent déjà. Il y a un problème de malnutrition qui augmente et un problème d'approvisionnement des populations en eaux.» Sir John Holmes – Niamey, 28 avril 2010

Selon la dernière enquête commanditée par le gouvernement, environ 20 % de la population nigérienne souffrent de l'insuffisance de denrées alimentaires, soit 2.300.000 personnes en plus de 5.000.000 qui viennent s'ajouter à ce nombre. En ce qui concerne les enfants de moins de cinq ans, selon la même enquête, environ 200.000 enfants souffrent de malnutrition, pendant qu'au niveau des éleveurs l'on fait état d'un déficit de 16.000 tonnes de fourrages.

Cette situation apocalyptique est due à la sécheresse, à l'insuffisance des pluies, aux inondations qui ont tout emporté lors de l'hivernage précédent. Certaines localités telles que Ouallam dans la région de Tillabéry, Tanout et Mirriah dans la région de Zinder, ou à Ourafane dans la région de Maradi ont vue leurs populations migrer pour des horizons plus cléments. Celles qui sont restées s'alimentent avec des feuilles d'arbres et des fruits sauvages.

C'est pour se rendre personnellement compte de cette situation, que M. John Holmes, Secrétaire général Adjoint aux Affaires Humanitaires, Coordonnateur des secours d'urgence des Nations Unies, a effectué un séjour de 4 jours au Niger. Il s'agit pour M. Holmes dévaluer l'impact humain de cette grave crise alimentaire qui affecte près de 7, 8 millions de personnes et plaider pour une réponse financière urgente à l'appel de fonds de 64 milliards F CFA lancé récemment.

Au Niger, le séjour du Sous Secrétaire a été rythmé par des rencontres avec les plus hautes autorités nigériennes et des échanges directs avec les populations affectées et des visites des centres nutritionnels infantiles de la région de Zinder, une des régions les plus touchées par la crise.

Avant de se rendre sur le terrain, M. Holmes a été reçu en audience par S.E. M. Djibo Salou, Chef de l'Etat . C'était en présence du Coordonnateur Humanitaire, Coordonnateur du Système des Nations Unies au Niger, Mme Khardiata Lo N'DIAYE. Au centre de leurs entretiens, la situation alimentaire et nutritionnelle qui prévaut. M. Holmes a aussi rencontré l'Equipe Humanitaire Pays et les donateurs.

Au lendemain de son arrivée à Niamey, Sir Holmes se rend à Zinder (Sud-Est du pays), l'une des régions les plus touchées par la crise, en compagnie de Mme Khardiata Lo N'DIAYE. La délégation a reçu un accueil très chaleureux de la part du Gouverneur de la région, le Colonel Mahamadou Barazé.

Durant son séjour dans cette région, le Secrétaire général Adjoint a rencontré les populations et assisté au lancement de deux opérations : L'opération de distribution d'aliments bétail organisée par la FAO au village de Danganari , vise à soutenir les éleveurs dont le cheptel est sérieusement menacé. En effet la région de Zinder accuse à elle seule un déficit fourrager de plus de 3 millions de tonnes de matières sèches.

Le Secrétaire Général Adjoint aux Affaires Humanitaires, a également assisté au lancement de l'opération Blanket Feeding (activité d'alimentation complémentaire généralisée), organisée par le PAM et l'UNICEF au bénéfice des populations de Koléram. Il s'agit de réduire l'incidence de la malnutrition chez les enfants dans les zones vulnérables. L'opération consiste à distribuer des rations CSB , c'est-à-dire un mélange de farine, de maïs et de soja fortifié en micronutriments, de l'huile et du sucre à plus de 131.000 enfants âgés de 6 à 23 mois. Le lancement des ces deux opérations s'est déroulé en présence du ministre de la Santé Publique, Pr Nouhou Hassane et celui de l'Agriculture et de l'Elevage, M. Malik Sadelher.

A Dalli (premier village visité situé à 130 km de Zinder dans le Département de Tanout ) une bonne partie des bras valides est partie en exode, selon le chef du Village, M Yalouma . Yahaya : « Il n'y a plus d'hommes, ils sont partis chercher de la nourriture. Ils sont partis il y a six mois. Ils envoient de temps en temps un peu d'argent à leurs familles, ce qui leur permet de tenir encore jusqu'à ce jour. En ce qui concerne la vente des denrées à prix modéré initiée par le Gouvernement, l'initiative est louable, mais inaccessible parce que les gens n'ont pas d'argent pour acheter ces vivres même à pris modéré. Quant au cheptel, les propriétaires ont migré avec ce qui reste, mais une grande partie est décimée faute de pâturage. Il faut tamiser le sable pour trouver un peu de paille. »

De nombreuses familles restent des jours entiers sans manger. Selon toujours le chef du village, « certaines sont réduites à consommer des fruits sauvages, notamment le boscia Senegalensis » de son nom scientifique ou « Anza » son appellation en haoussa. En plus de cela, l'eau est rare. Il faut plusieurs kilomètres de marche pour en trouver.

A la réponse de savoir quel appel lance t-il ?, le chef du village de Dalli répond : « Notre principal souci, est le manque de nourriture. Secundo, nos enfants ne vont plus à l'école, et ils ont soif et ils faim. Nous attendons beaucoup de la visite de nos hôtes »

Enseignant à l'école primaire de Dalli, Kadri Ala , témoigne : « Les enseignants sont présents mais il n'y a pas d'élèves. Les élèves ont cessé de venir à l'école. Leurs parents étant absents, ce sont eux qui se débrouillent pour trouver à manger. Un autre aspect de cette crise, les élèves ont l'esprit ailleurs. Leurs préoccupations primaires c'est le manger. Ils ne suivent pas les cours qui leur sont dispensés. » Interrogé sur l'accessibilité des vivres à prix modéré, il dit ceci : « Sauf ceux qui ont les moyens peuvent se procurer la précieuse denrée. Heureusement, l'opération travail contre argent « Cash for work » permet aux gens de se faire un peu d'argent et acheter les vivres. … Les gens ont fui au Nigéria.»

Dans le village de Kogomé, M Holmes a visité toutes les classes de l'école primaire et a longuement échangé avec les élèves et leurs parents.

Au niveau de tous les villages visités, les populations ont réservé un accueil enthousiaste à la délégation de Sir Holmes malgré les difficultés du moment. Le Secrétaire général Adjoint a beaucoup échangé avec les populations pour s'informer de leurs préoccupations et de leurs attentes. Cet échange lui a permis de s'enquérir de la situation que peut vivre un village nigérien dit vulnérable. Malgré la barrière de la langue et une traduction approximative, c'est l'ensemble de la communauté internationale qui est interpellée.

Avant de quitter Zinder, Sir John Holmes a rencontré les acteurs humanitaires opérant dans la région. Au centre de leurs échanges, la situation humanitaire, le dispositif de réponse, le mécanisme de gestion de l'aide, etc.

À son retour dans la capitale, le diplomate a tiré la sonnette d'alarme et insisté sur la nécessité de l'aide internationale. En effet, après deux jours de visite marathon sur le terrain, le secrétaire général adjoint des Nations unies, en charge des Affaires humanitaires, est plus que convaincu : Face aux populations qui n'ont rien à manger et qu'il a rencontrées dans le fin fond du Niger, il reconnait la gravité de la situation : «La situation alimentaire est grave à cause de l'absence de récolte ou de très mauvaise récolte dans d'autres endroits. Et la deuxième raison, c'est le manque de fourrage pour les animaux. C'est un double problème et cela signifie qu'il y a beaucoup de populations qui ont faim actuellement, que les animaux ont faim également, et deviennent de plus en plus faibles. Certains meurent déjàs.

John Holmes, avocat du Niger auprès des bailleurs de fond : «Nous avons demandé 130 millions de dollars supplémentaires pour essayer de faire face à cette situation pour le reste de l'année 2010 et moi, je vais me transformer en ‘agent de plaidoyer' … auprès des bailleurs de fonds, auprès de la communauté internationale pour que ces fonds arrivent à temps. Parce que c'est urgent, nous avons besoin des fonds maintenant pour pouvoir agir dans les deux-trois-quatre mois à venir.»

C'est une véritable course contre la montre qui s'engage et John Holmes s'autoproclame «agent de plaidoyer » pour la cause des sinistrés.

Il faut espérer que les bailleurs de fonds fassent preuve d'un peu de souplesse pour ce qui concerne l'aide au développement dans les secteurs sociaux, notamment la santé et l'éducation.